RICHE ET PAUVRE POURTANT

Introduction
Lors du sommet social de Genève (Copenhague+5, en 2000), les Nations Unies ont formulé l’objectif de réduire de moitié, d’ici à 2015 le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Cet engagement a été énoncé lors de la Déclaration du Millénaire faite par les chefs d’Etat et de gouvernement des Nations Unies et repris également par l’OCDE, le FMI et la Banque Mondiale2.
 

De la définition de la pauvreté
Au Moyen Âge, Alain Démurger indique que la définition de la pauvreté ne peut s’inscrire uniquement en terme monétaire, car le pauvre est celui qui est faible. Le faible n’a pas les moyens de subsister seul, il est dépendant de tous. Pendant tout le Moyen Âge, le pauvre est l’orphelin, le vieux, l’estropié, le lépreux. L’irruption de l’argent comme instrument de mesure de la richesse fait évoluer la définition de pauvreté
(Source : Carmine Ramos, professeur au lycée Sonia Delaunay, 78 Villepreux).

Il est nécessaire, avant d’aller plus loin, de définir précisément ce que l’on entend par pauvreté. Le sens donné au mot va en effet conditionner les stratégies visant à la réduire.
Dans sa définition courante, la pauvreté désigne l’état, la condition d'une personne qui manque de ressources, de moyens matériels pour mener une vie décente. On perçoit que si la notion d’argent est primordiale dans cette définition, ce n’est que pour se rapporter à un standard de niveau de vie. Cela entraîne nécessairement des différences entre les pays en fonction de leur situation économique générale. Ces considérations ont conduit les institutions internationales à donner différentes définitions de la pauvreté : 
- La pauvreté relative évoque un niveau de vie variable en fonction de l'époque et de la société. Elle correspond à la moitié du revenu médian d’une société ; Le seuil de pauvreté correspond à deux dollars par jour et par habitant ;
- La pauvreté absolue ou extrême pauvreté correspond à moins de un dollar par jour et par habitant.

Ces définitions classiques s’appuient exclusivement sur des mesures du revenu par habitant. Cependant, un consensus existe aujourd’hui autour de la dimension pluridimensionnelle de la pauvreté : elle ne se limite pas à une simple insuffisance de revenu mais englobe également des aspects plus qualitatifs de la vie. La pauvreté n’est plus seulement économique, mais devient en même temps sociale, politique et culturelle.
Cette approche est légitimée par les travaux d’Amartya Sen, prix Nobel d’économie en
1998, qui montrent que la pauvreté ne se réduit pas au revenu mais apparaît plus justement comme une « privation de capacités ». Les analyses récentes considèrent alors trois formes principales de pauvreté :

- la pauvreté monétaire prend en compte les ressources des individus. Elle est évaluée en fonction du revenu des individus ou de leur consommation (de biens alimentaires et non alimentaires) ;
- la pauvreté des conditions de vie résulte de l’incapacité de l’individu à satisfaire ses besoins essentiels. C’est une vision plus qualitative qui met en lumière l’exclusion par rapport à un certain mode de vie matériel et culturel. La pauvreté est ici perçue comme un manque5 ;
- la pauvreté de « capacités » traduit le fait que l’on ne dispose pas des moyens qui permettraient de se soustraire à la pauvreté par la mise en valeur de ses capacités individuelles;

Situation de la pauvreté dans le monde
Sur une population mondiale de 6 milliards d’êtres humains, plus de 1,2 milliard, soit un habitant de la planète sur cinq, survivent avec moins d’un dollar par jour1 et près de 3 milliards d’individus avec moins de deux dollars par jour. 115 millions d’enfants ne fréquentent pas l’école primaire et les trois cinquièmes de ces enfants sont des filles.
30 000 enfants par jour meurent de maladies qui auraient pu être évitées, soit plus de 10 millions d’enfants par an. Un individu sur cinq n’a pas accès à l’eau potable, un sur trois vit dans un pays subissant un stress hydrique. 42 millions de personnes dans le monde sont atteintes du sida, dont 39 millions dans les pays en développement. En 1997, les dépenses publiques de santé s’élevaient en moyenne à 6 dollars par habitant dans les pays les moins avancés, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé à 35-40 dollars par habitant le strict minimum nécessaire pour des services de santé élémentaires. La même année, les pays à revenu élevé ont dépensé pour la santé 1356 dollars par habitant. L’aide publique au développement des pays riches se monte à environ 55 milliards de dollars par an, alors qu’ils dépensent au moins 100 milliards de dollars par an pour les subventions agricoles et 600 milliards de dollars pour leur secteur militaire. 

Situation de la pauvreté en Afrique (sources : document de travail DT/2005-18 Gouvernance, démocratie et lutte contre la pauvreté en Afrique : Expérience et point de vue de la Population de huit métropoles, Enquêtes 1-2-3, premiers résultats, Mireille RAZAFINDRAKOTO François ROUBAUD)

La pauvreté sévit avec une grande acuité dans les pays d’Afrique sub-saharienne. Pourtant, paradoxalement, c’est dans cette région que le phénomène est le plus mal connu. Dans un grand nombre de pays, les données sont tellement lacunaires qu’il est difficile (voire impossible) de statuer clairement sur la nature et l’évolution de la pauvreté au cours des dernières années. Malgré les limites des informations disponibles, quelques tendances majeures se dégagent toutefois des analyses existantes qui permettent de dresser un rapide panorama de la situation dans les huit pays étudiés ici.

Globalement, le contexte général est marqué par l’impact négatif de la trajectoire récessive de l’économie sur les conditions de vie de la population (Razafindrakoto, Roubaud, 2002b). Sur le long terme, on a assisté à des restructurations profondes de l’environnement socio-démographique et économique (telle que la hausse du niveau de l’éducation, celle de l’activité des femmes, l’informatisation de l’économie, l’urbanisation, etc.). Ces dynamiques n’ont pas permis d’enrayer la dégradation de la situation des populations. Même le retournement récent de la conjoncture, avec la reprise de la croissance économique dans la majorité des pays à la fin des années quatre-vingt-dix (notamment suite à la dévaluation du FCFA), est loin d’effacer la récession des décennies passées et n’a pas finalement eu de répercussions positives significatives sur les niveaux de vie des ménages. La dégradation massive des conditions de vie est d’autant plus inquiétante qu’elle a particulièrement affecté le milieu urbain, alors que les villes se développent à un rythme très soutenu en Afrique subsaharienne depuis l’indépendance.
Aucun pays n’échappe à cette lecture globale, malgré des contextes relativement différenciés. A titre d’illustration, on peut comparer quatre pays avec ses métropoles :

-Bamako : la capitale du Mali est peuplée d’un peu plus d’un million d’habitants. Le Mali est un pays enclavé du Sahel classé dans la catégorie des PMA (Pays les Moins Avancés), avec un niveau de développement humain parmi les plus faibles du monde. Ce pays se caractérise par un environnement économique structurellement défavorable (notamment la dépendance aux aléas climatiques et aux fluctuations des cours du coton) ;
-Abidjan : La capitale économique de la Côte-d'Ivoire, avec plus de 3 millions d’habitants, est une des premières mégapoles du continent. Longtemps considérée comme une réussite en Afrique, classée parmi les pays à revenu intermédiaire, la Côte-d’Ivoire jouit d’un niveau de développement parmi les plus élevés d’Afrique sub-saharienne. Cependant, depuis le début de la décennie quatre vingt, l’économie ivoirienne est entrée en récession ;

- Dakar : la capitale du Sénégal se caractérise par son hypertrophie. Dakar et sa banlieue comptent plus de deux millions d’habitants. L’agglomération regroupe près de la moitié de la population urbaine et concentre la majorité des activités de type moderne et des infrastructures. Cela fait du Sénégal un pays macrocéphale et désarticulé. Bien que soumis à des variations de moindre amplitude que la Côte-d’Ivoire, ses performances économiques ont été médiocres.
- Antananarivo : la capitale malgache est de taille équivalente à Bamako. Madagascar se différencie d’une part, par son insularité, et d’autre part, par la trajectoire de son économie, avec une récession continue sur une longue période – du milieu des années 70 au milieu des années 90 – et cela malgré des atouts en termes de ressources naturelles et humaines. La croissance enregistrée à partir de 1996
– interrompue par la crise politique de 2002 mais qui a repris depuis – n’a pas pour autant permis d’améliorer significativement les conditions de vie de la population.
Ces quatre exemples donnent une idée de la diversité des contextes dans les huit métropoles qui font l’objet de notre analyse.

Le cas de la Côte d’Ivoire

Mauvaises conditions de logement et de soins (le nombre de personne par pièce est deux fois plus élevé pour les pauvres avec presque 2,6 contres 1,4 pour les riches). 
L’accès au logement et aux services de santé se révèlent être les plus problématique. Respectivement 15% et 13% des Abidjanais manifestent leur extrême insatisfaction dans ce domaine, et au total 46% et 44% sont globalement insatisfaits (respectivement 50% et 56% chez le quartile des plus démunis monétairement).
Conditions difficiles de scolarisation (le nombre d’année moyen d’étude varie quasiment du simple au double chez les pauvres par rapport aux riches : 4,2 à 8,6).

Difficile intégration sociale (les différences sont également marquées entre les pauvres et les riches au niveau du degré d’insertion dans les associations. Si on considère le suivi régulier des nouvelles comme une condition pour mieux s’insérer ou participer à la vie sociale et politique, on constate qu’il s’agit d’un luxe réservé à une minorité.

Plus globalement, 15% de la population est loin du seuil minimum selon leur propre estimation pour une vie décente concernant au moins trois aspects de leur quotidien. 17% manifestent leur insatisfaction (entière ou relative) pour 8 types de besoins ou plus.

Pourtant

Le sous-sol ivoirien est très riche et son sol bon pour un développement agricole sûr.
La Côte d’Ivoire exporte du manganèse, du pétrole, du fer, du bois et bien d'autres produits de son sol et son sous-sol depuis bien avant les années 1960. Sans oublier l’exploitation des mines d'uranium.
De nouveaux gisements de pétrole ont été trouvés dans les eaux profondes de la bordure littorale  et représente un impressionnant potentiel économique future.
Ces nouveaux gisements sont vitaux pour le pays, malheureusement, les revenus du sous-sol ne profiteront pas à tous. Cela à cause des conflits répétées, des débats sur le partage du pouvoir donc mauvaise gestion de la démocratie, à cause du racket qui empêche les investisseurs de miser sur le pays, de la mauvaise gestion du patrimoine de l’Etat.
Pendant que l’Etat institue l’école gratuite pour tous, des écoles continuent de faire payer des charges « imaginées » de toute pièce sur « le dos » des parents d’élèves qui restent du mois passifs.
Et pourtant, la Côte d’Ivoire à le taux d’intellectuels le plus élevé dans la sous région. La Côte d’Ivoire est riche de par ses ressources humaines, de par la qualité de son sol et son sous-sol, mais trop de laxisme dans la gestion de tout ce potentiel.

Qu’est-ce que la lutte contre la pauvreté ?
Comment situer la lutte contre la pauvreté par rapport à ces définitions ? La complexité des termes, la multiplicité des approches et la formulation constante de nouveaux concepts rendent malaisée la mise en place d’une stratégie claire. Cela se voit par exemple sur la prise en compte de la croissance et des inégalités dans la lutte contre la pauvreté. Les analyses récentes ont démontré que la réduction de la pauvreté absolue repose sur deux facteurs : l’augmentation du revenu et sa redistribution aux plus pauvres (ce qu’on nomme depuis peu croissance « pro pauvres »). Comme l’a souligné la conclusion d’une étude de DIAL de mai 2003, « la croissance ne suffit pas pour la réduction de la pauvreté ; elle en est une condition nécessaire mais doit s’accompagner de la mise en place de politiques de réduction des inégalités présentes et futures ». Ces trois concepts sont intimement liés, de sorte que vouloir réduire la pauvreté ne peut se faire sans porter toute son attention aux questions de croissance et de redistribution.

La Banque mondiale, dans son rapport de 2008, a défini la lutte contre la pauvreté dans une approche élargie et pluridimensionnelle qui comporte quatre critères :

l’augmentation des revenus ;
 l’accès aux biens publics (eau, éducation, santé, etc.) ;
la réduction des risques ;
l’amélioration des rapports de forces en faveur des « sans pouvoirs » et des « sans voix» (ce qu’on désigne généralement sous le terme d’« empowerment »).
Fort de cette approche, le rapport de la Banque mondiale propose une stratégie visant à combattre la pauvreté sur trois fronts :

le développement des opportunités, c’est-à-dire des opportunités matérielles et financières (emploi, crédit, routes, électricité, écoles, eau, services de santé, etc.) et des qualifications (éducation et formation professionnelle) ;
 l’insertion : l’insertion des pauvres dans la société est déterminée en grande partie par les institutions publiques et sociales qui doivent être attentives à leurs besoins. Cette démarche est politique : elle implique un ensemble de réformes devant améliorer la responsabilité et l’efficacité de l’administration, des institutions juridiques et des services publics, ainsi que le renforcement de la participation des pauvres aux processus politiques et aux décisions locales;
la sécurité matérielle : il est nécessaire, afin d’améliorer le bien-être et d’encourager les investissements dans le capital humain, d’atténuer la vulnérabilité aux chocs économiques, aux catastrophes naturelles, à la mauvaise santé, à la violence, etc.
L’Etat doit tout mettre en oeuvre pour diminuer ces risques auxquels sont confrontés les pauvres.
La définition d’une telle stratégie implique deux observations.
 Il faut tout d’abord souligner que la prise en compte du thème de la lutte contre la pauvreté conduit indéniablement à redéfinir le rôle de l’Etat qui est de faciliter le développement humain, développer les investissements et mettre en place des « filets de protection » pour les pauvres.
Ensuite l’implication de la société civile nationale et internationale qui devrait pour une stratégie de lutte contre la pauvreté pertinente :
- Scruter tous les domaines (éducation, santé, pouvoir politique, etc.) sur plusieurs échelons (international, régional, local) et avec  divers moyens (aide macro-économique, programmes, projets, etc.) ;
- Ne pas se concentrer sur une seule catégorie sociale, un seul niveau ou un seul domaine,
- tous les acteurs du développement devraient coopérer afin de maximiser la cohérence de leurs actions et de profiter des avantages comparatifs de chacun,
- Etre concrète

Lien ;  HYPERLINK "http://www.go.worldbank.org" le site de la banque mondiale
           HYPERLINK "http://www.terredesjeunes.net" www.terredesjeunes.net
 

 

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